Séance 9 – Ulysse pris au piège

A nouveau, vous pouvez écouter l’audio en cliquant en haut à droite de l’image avant de faire le quizz et le résumé. Attention, texte fleuve (10′), laissez vous embarquer !

Et quand parut l’aurore aux doigts de rose, fille du matin, le Cyclope alluma un feu, se mit à traire ses bêtes, en bon ordre, et plaça les nouveau-nés sous leur mère.  Il eut vite fait d’achever la besogne ; mais ensuite, il saisit deux de mes compagnons et les dévora ! Une fois repu, il fit sortir ses gras troupeaux de son antre : il n’avait eu aucun mal à pousser l’immense porte d’entrée et l’avait aussitôt replacée, sans plus d’effort que s’il avait remis le couvercle d’un carquois.  Le Cyclope alors dirigea en sifflant ses gras troupeaux vers la montagne.

Moi, je restais là, à méditer comment provoquer son malheur ; et voici le plan qu’en mon esprit je jugeai le meilleur.        

Il y avait là, contre l’enclos, la grande massue du Cyclope : c’était un tronc d’olivier encore vert qu’il utiliserait une fois sec. Je m’approchai. J’en coupai la valeur d’une brasse et la passai à mes compagnons pour qu’ils l’équarrissent.  Quand ils l’eurent polie, je vins aiguiser la pointe ; je la fis aussitôt durcir sur des braises ardentes et la cachai sous l’énorme tas de fumier qui gisait épars dans la vaste caverne.  Puis je fis tirer au sort ceux de mes compagnons qui auraient assez d’audace pour soulever avec moi ce pieu, l’enfoncer dans l’œil du Cyclope, une fois que le doux sommeil se serait emparé de lui.  Le sort désigna ceux que j’aurais moi-même choisis : ils étaient quatre, et je me joignis à eux comme cinquième.         

Le soir, le cyclope revint avec ses troupeaux à l’épaisse toison et poussa toutes ses bêtes dans la vaste caverne, sans en laisser une dans le creux de la cour. Après avoir placé l’énorme rocher devant l’entrée, il s’assit, se mit à traire ses brebis et ses chèvres bêlantes, en bon ordre, puis plaça les nouveau-nés sous leur mère.  Il eut vite fait d’achever la besogne.

Ayant achevé tout ce travail à la hâte, il saisit de nouveau deux de mes compagnons et prépara son repas. Alors, tenant dans mes mains une coupe de vin noir, je m’approchai du cyclope et je lui dis :

– « Cyclope, prends et bois ce vin après avoir mangé des chairs humaines, afin de savoir quel breuvage renfermait notre nef. »

Je parlai ainsi, et il prit et but plein de joie ; puis, ayant bu le doux breuvage, il m’en demanda de nouveau :

– « Donne-m’en encore, mon cher, et dis-moi promptement ton nom, afin que je te fasse un présent d’hospitalité dont tu te réjouisses. La terre féconde rapporte aussi aux cyclopes un vin généreux, et les pluies de Zeus font croître nos vignes ; mais celui-ci est fait de nectar et d’ambroisie. »

Il parla ainsi, et de nouveau je lui donnai ce vin ardent. Et je lui en offris trois fois, et trois fois il le but dans sa démence. Mais dès que le vin eut troublé son esprit, alors je lui parlai ainsi en paroles flatteuses :

« – Cyclope, tu me demandes mon nom illustre. Je te le dirai, et tu me feras le présent d’hospitalité que tu m’as promis. Mon nom est Personne. Mon père et ma mère et tous mes compagnons me nomment Personne. »

Je parlai ainsi, et, dans son âme farouche, il me répondit :

– « Je mangerai Personne après tous ses compagnons, tous les autres avant lui. Ceci sera le présent d’hospitalité que je te ferai ».

Il parla ainsi, et il tomba à la renverse, et il gisait, courbant son cou monstrueux, et le sommeil qui dompte tout le saisit, et de sa gorge jaillirent le vin et des morceaux de chair humaine ; et il vomissait ainsi, plein de vin.

Aussitôt je mis l’épieu sous la cendre, pour l’échauffer ; et je rassurai mes compagnons, afin qu’épouvantés, ils ne m’abandonnent pas. Puis, comme l’épieu d’olivier, bien que vert, allait s’enflammer dans le feu, car il brûlait violemment, alors je le retirai du feu. Et mes compagnons étaient autour de moi, et un esprit nous inspira un grand courage. Ayant saisi l’épieu d’olivier aigu par le bout, ils l’enfoncèrent dans l’œil du cyclope, et moi, appuyant dessus, je le tournais. Le sang giclait autour du bois brûlant. Jaillie de sa prunelle en feu, la vapeur faisait griller ses paupières et ses sourcils : son œil grésillait jusqu’à la racine.     

Et il hurla horriblement, et les rochers en retentirent. Et nous nous enfuîmes épouvantés. Et il arracha de son œil l’épieu souillé de beaucoup de sang, et, plein de douleur, il le rejeta. Alors, à haute voix, il appela les cyclopes qui habitaient autour de lui les cavernes des promontoires battus par les vents. Et, entendant sa voix, ils accoururent de tous côtés, et, debout autour de l’antre, ils lui demandaient pourquoi il se plaignait :

– « Pourquoi, Polyphème, pousses-tu de telles clameurs dans la nuit divine et nous réveilles-tu ? Souffres-tu ? Quelque mortel a-t-il enlevé tes brebis ? Quelqu’un veut-il te tuer par force ou par ruse ? »

Et le robuste Polyphème leur répondit du fond de son antre :

– « Ô amis, qui me tue par ruse et non par force ? Personne ».

Et ils lui répondirent en paroles ailées :

– « Certes, nul ne peut te faire violence, puisque tu es seul. On ne peut échapper aux maux qu’envoie le grand Zeus. Supplie ton père, le roi Poséidon. »

Ils parlèrent ainsi et s’en allèrent. Et mon cher cœur rit, parce que mon nom les avait trompés, ainsi que ma ruse irréprochable.

Mais le cyclope, gémissant et plein de douleurs, tâtant avec les mains, enleva le rocher de la porte, et, s’asseyant là, étendit les bras, afin de saisir ceux de nous qui voudraient sortir avec les brebis.

Aussitôt, je songeai à ce qu’il y avait de mieux à faire pour sauver mes compagnons et moi-même de la mort. Les mâles des brebis étaient forts et laineux, beaux et grands, et ils avaient une laine de couleur violette. Je les attachai par trois avec l’osier tordu sur lequel dormait le cyclope monstrueux et féroce. Celui du milieu portait un homme, et les deux autres, de chaque côté, cachaient mes compagnons. Et il y avait un bélier, le plus grand de tous. J’embrassai son dos, suspendu sous son ventre, et je saisis fortement de mes mains sa laine très épaisse, dans un esprit patient. Et c’est ainsi qu’en gémissant nous attendîmes la divine aurore.

Et quand Aurore aux doigts rosés, née au matin, apparut, alors le cyclope poussa les mâles des troupeaux au pâturage. Et lui, accablé de douleurs, tâtait le dos de tous les béliers qui passaient devant lui, et l’insensé ne s’apercevait point que mes compagnons étaient liés sous le ventre des béliers laineux. Et celui qui me portait dans sa laine épaisse, alourdi, sortit le dernier, tandis que je roulais mille pensées.

Et le robuste Polyphème, le tâtant, lui dit :

– « Bélier paresseux, pourquoi sors-tu le dernier de tous de mon antre ? Auparavant, jamais tu ne restais derrière les autres, mais maintenant, te voici le dernier. Regrettes-tu l’œil de ton maître qu’un méchant homme a arraché, à l’aide de ses misérables compagnons, après m’avoir dompté l’âme par le vin, Personne, qui n’échappera pas, je pense, à la mort ? Plût aux dieux que tu pusses entendre, parler, et me dire où il se dérobe à ma force ! Aussitôt sa cervelle écrasée coulerait çà et là dans la caverne, et mon cœur se consolerait des maux que m’a faits ce misérable Personne !

Polyphème et Ulysse, Jacob Jordaens, 1660, Musée Pouchkine, Moscou

Ayant ainsi parlé, il laissa sortir le bélier. À peine éloignés de peu d’espace de l’antre et de l’enclos, je quittai le premier le bélier et je détachai mes compagnons. Et nous poussâmes promptement hors de leur chemin les troupeaux chargés de graisse, jusqu’à ce que nous fussions arrivés à notre navire.

Mais quand nous fûmes éloignés de la distance où porte la voix, alors je dis au cyclope ces paroles outrageantes :

– « Cyclope, tu n’as pas mangé dans ta caverne creuse, avec une grande violence, les compagnons d’un homme sans courage, et le châtiment devait te frapper, malheureux ! toi qui n’as pas craint de manger tes hôtes dans ta demeure. C’est pourquoi Zeus et les autres dieux t’ont châtié. »

Je parlai ainsi, et il entra aussitôt dans une plus violente fureur, et, arrachant la cime d’une grande montagne, il la lança. Et elle tomba devant notre nef à noire proue, et l’extrémité de la poupe manqua être brisée.

Et je lui parlai de nouveau injurieusement :

– « Cyclope, si quelqu’un parmi les hommes mortels t’interroge sur la perte honteuse de ton œil, dis-lui qu’il a été arraché par le dévastateur de citadelles Ulysse, fils de Laërte, et qui habite dans Ithaque.

Je parlais ainsi, et, aussitôt, il supplia le roi Poséidon, en étendant les mains vers l’Ouranos étoilé :

– « Entends-moi, Poséidon aux cheveux bleus, qui contiens la terre ! Si je suis ton fils, et si tu te glorifies d’être mon père, fais que le dévastateur de citadelles, Ulysse, fils de Laërte, et qui habite dans Ithaque, ne retourne jamais dans sa patrie.

Ulysse et Polyphème, Arnold Bocklin, 1896

Comme d’habitude : le quizz, le résumé en utilisant les questions et les réponses, et hop vous avez fini une jolie leçon du cahier sur un des épisodes les plus célèbres de l’Odyssée et de la littérature dans le monde entier !

Le lendemain, Polyphème mange deux autres hommes au petit déjeuner. Pendant qu’il sort son troupeau, Ulysse et ses amis taillent pointu un gros bâton. Le soir, après en avoir mangé deux autres, il boit le vin que lui offre Ulysse, pur alors qu’il faut le diluer 20 fois : il est complètement saoul, et demande à Ulysse son nom pour lui faire un cadeau : Ulysse répond « Personne »( c’est un jeu de mots parce qu’en grec le mot « métis », personne est presque homonyme du mot « métis », la ruse: en fait il dit qu’il s’appelle le rusé). Polyphème offre de le manger en dernier et s’endort. Ils lui crèvent l’œil avec le pieu chauffé au feu. Polyphème hurle et les autres cyclopes viennent demander qui lui fait du mal, mais comme il répond « personne » ils le croient fou : la ruse d’Ulysse a bien fonctionné. Reste à sortir : ils se cachent sous le ventre des moutons pour que le cyclope ne les sente pas quand il contrôle avec les mains s’ils ne sont pas cachés parmi les moutons. Ils arrivent à leur bateau mais Ulysse ne résiste pas au plaisir de narguer Polyphème en lui révélant leur fuite et son vrai nom, ce qui permet à Polyphème de demander à son père, Poséidon dieu de la mer, de le punir en l’empêchant de rentrer chez lui. (Un peu de modestie ne lui aurait pas fait de mal…)

Et en bonus :

L’odyssée, épisode 1 : Dans l’œil du cyclope

S Richasse

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