Séance 6 : Ulysse chez Circé

support : p. 174-176

Question 6, 7

vocabulaire (encart orange) question 1

Circé la magicienne

Après bien des aventures, Ulysse et ses compagnons abordent l’île de Circé, une terrible magicienne. Les compagnons d’Ulysse partent en reconnaissance.

Dans une vallée ils ont trouvé la maison de Circé, construite en pierres polies dans un lieu découvert. Tout autour vivaient des loups montagnards et des lions que Circé avait ensorcelés avec des drogues nuisibles : au lieu de se jeter sur mes hommes, ils se sont approchés d’eux et les ont caressés de leurs longues queues, comme les chiens entourent et caressent leur maître lorsqu’il revient d’un banquet, car il leur rapporte toujours des douceurs qui plaisent à leur cœur. De même les loups aux griffes robustes et les lions entouraient, caressants, mes compagnons. Eux, pris de peur à la vue de ces terribles bêtes énormes, se sont arrêtés devant la porte de la déesse aux belles tresses et ont entendu Circé chanter à l’intérieur d’une belle voix ; elle tissait une grande toile, immortelle, comme sont les ouvrages légers, gracieux et brillants des déesses. […] Ils se sont fait entendre en appelant. Elle est sortie aussitôt, a ouvert les portes brillantes et les a invités. Tous avec imprudence l’ont suivie. Euryloque1 est resté seul dehors, car il soupçonnait le piège. Elle les a fait entrer, les a fait asseoir sur des sièges et des fauteuils et a mixé pour eux du fromage, de la farine et du miel frais dans du vin de Pramnos ; elle a mélangé à cette mixture des drogues aux effets redoutables, pour leur faire oublier complètement leur terre paternelle. Elle leur a offert cette potion, et ils l’ont bue d’un trait. Aussitôt, elle les a frappés d’une baguette et les a enfermés dans la porcherie. Ils avaient la tête, la voix, le corps et les soies2 du porc, mais leur intelligence était restée la même qu’auparavant. Aussi pleuraient-ils d’être ainsi enfermés. […]

Alors Euryloque est revenu vers le noir navire rapide pour nous donner des nouvelles de nos compagnons et pour annoncer leur triste sort. […]

Ulysse décide alors de se rendre chez Circé pour délivrer ses compagnons.

J’étais sur le point d’arriver à la grande demeure de Circé aux multiples drogues quand Hermès3 à la baguette d’or est venu à ma rencontre, au moment où j’approchais de la demeure. Il avait pris l’apparence d’un jeune homme dont la barbe commence à pousser et qui est dans toute la grâce de l’adolescence. Il m’a pris la main, et m’a dit :

« […] Je vais te dire tous les projets pernicieux4 de Circé : elle va te préparer une potion où elle jettera des drogues, mais elle ne pourra pas t’ensorceler par ce moyen, car la remarquable drogue que je vais te donner ne le permettra pas. Je vais te dire tous les détails. Au moment où Circé te frappera de sa longue baguette, tire du long de ta cuisse ton épée pointue et jette-toi sur elle, comme si tu voulais la tuer. […] »

Après ces paroles, le dieu aux rayons lumineux m’a fourni la drogue qu’il a arrachée de terre. […] Moi, je me suis dirigé vers la demeure de Circé. Tout en marchant, j’avais le cœur qui bouillonnait.

Je me suis arrêté devant la porte de la déesse aux belles tresses et, posté là, j’ai poussé un cri. Elle a entendu ma voix et est sortie aussitôt, a ouvert les portes brillantes et m’a invité. Je l’ai suivie, le cœur affligé. Elle m’a fait entrer, puis asseoir sur un beau fauteuil à clous d’argent, bien travaillé. Un escabeau était posé sous mes pieds. Aussitôt elle a préparé dans une coupe d’or la potion que je devais boire, et, le cœur plein de mauvaises pensées, elle y a jeté la drogue. Elle me l’a offerte et j’ai bu d’un trait, sans que le charme agisse. Elle m’a alors frappé de sa baguette et m’a dit en détachant ses mots :

 « Va maintenant dans la porcherie coucher avec tes compagnons. »

Ainsi parla-t-elle. Mais moi, tirant mon épée pointue du long de ma cuisse, je me suis jeté sur elle comme si je voulais la tuer. Alors, elle a poussé un grand cri, s’est effondrée et a saisi mes genoux.

Tout se passe comme prévu par Hermès. Circé se rend à Ulysse et lui offre l’hospitalité. Mais Ulysse pense à ses compagnons.

« Circé, quel homme, s’il a le cœur juste, supporterait d’absorber nourriture ou boisson, avant d’avoir délivré ses compagnons et de les avoir vus de ses propres yeux ? Si c’est de bon cœur que tu veux que je boive et que je mange, délivre mes fidèles compagnons pour que je les voie de mes yeux ! »

Ainsi parlai-je. Circé a traversé la salle, sa baguette à la main, et a ouvert les portes de la porcherie. Elle en a fait sortir mes compagnons qui ressemblaient à des porcs gras de neuf ans. Ils se sont mis debout devant elle ; passant parmi eux, elle a frotté chacun avec une nouvelle drogue. Alors, de leurs membres sont tombés les poils qu’avait fait pousser la drogue funeste donnée par la vénérable Circé ; ils sont redevenus des hommes, plus jeunes qu’avant, beaucoup plus beaux et plus grands à voir. Ils m’ont reconnu, et m’ont tous serré la main. Une douce envie de pleurer les a saisis tous ensemble, et la demeure s’est mise à résonner de leurs pleurs.

L’Odyssée, de ML Drouet, B Regeste et C Scasso

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