Séance 9 : l’épreuve du tir à l’arc, la vengeance du héros

Support : manuel p. 181-183

a) encadré « Vocabulaire » orangé : question 2, 3, 4

b) encadré « Ecriture » violet 

c) question 2, 3, 4, 5 p. 183

L’épreuve de l’arc

Ulysse regagne enfin Ithaque mais, soucieux de découvrir ce que sont devenus, en son absence, sa femme Pénélope, son fils Télémaque, et son royaume, il se déguise en mendiant et s’introduit dans son propre palais sans y être reconnu. Il apprend alors que sa femme, qui lui est restée fidèle pendant toutes ces années, est sommée de se remarier par les grands seigneurs du royaume, lesquels, en l’absence du roi, pillent les ressources du palais. Ne pouvant repousser plus longtemps leurs exigences, Pénélope décide de départager les prétendants au trône par une épreuve : ils doivent tendre l’arc d’Ulysse et tirer une flèche à travers les trous de fixation de haches alignées. Mais aucun des prétendants n’est capable de tendre la corde de l’arc. Ulysse demande alors la permission de tenter l’épreuve. Antinoos, le chef de file des prétendants, l’humilie alors et le menace de mort, mais Pénélope prend sa défense et autorise le mendiant à passer l’épreuve.

Ulysse manipulait l’arc, le tournait de tous les côtés examinant ici et là si les vers n’avaient pas rongé la corne pendant l’absence du maître. […] 

Ulysse aux multiples ruses acheva de tâter le grand arc et de l’examiner de tous côtés ; puis, comme lorsqu’un homme, expert à la phorminx et au chant tend facilement une corde autour de la cheville neuve en attachant des deux bouts le boyau bien tordu d’un mouton, de même Ulysse tendit sans effort le grand arc ; de la main droite il prit la corde et l’essaya. Elle se mit alors à chanter d’une voix semblable à l’hirondelle. Une grande affliction saisit les prétendants, et ils changèrent tous de couleur. Zeus tonna fortement : c’était manifestement un signe. Alors le divin Ulysse tant éprouvé se réjouit parce que le fils de Cronos1 aux pensées tortueuses lui avait envoyé ce signe. […] Alors donc, il saisit la flèche qu’il plaça sur le coude de l’arc, il tira la corde et l’encoche de la flèche sans quitter son siège ; visant le but, il lança la flèche et ne manqua pas le premier manche de la série des haches ; la flèche alourdie par sa pointe de bronze traversa tous les manches, avant de ressortir. Alors, Ulysse dit à Télémaque :

« Télémaque, l’étranger assis dans ton palais ne te fait pas honte ! Je n’ai pas manqué le but et je ne me suis pas fatigué longtemps à tendre cet arc. Ma vigueur est encore intacte. […] »

Ainsi parla-t-il, et il fit un signe avec ses sourcils. Télémaque, le cher fils du divin Ulysse, ceignit2 son épée pointue, saisit une lance dans sa main, et se plaça, armé du bronze flamboyant, près du fauteuil d’Ulysse.

Alors, se dépouillant3 de ses haillons, Ulysse aux multiples ruses sauta sur le grand seuil, tenant dans ses mains l’arc et le carquois plein de flèches. […] 

« Voilà cette compétition décisive accomplie ! Maintenant, je viserai un autre but qu’aucun homme n’a jamais touché. J’espère pouvoir l’atteindre et qu’Apollon me donne la gloire de ce succès ! »

Il dit, et contre Antinoos4 il dirigea une flèche amère. Celui-ci allait soulever une belle coupe d’or à deux anses et déjà il la tenait dans ses mains pour boire le vin, sans avoir dans le cœur le moindre souci de sa fin. Qui aurait cru en effet, qu’en plein milieu des convives, un homme seul contre tous, même très fort, allait lui envoyer la mort mauvaise et le noir trépas ? Mais Ulysse le frappa de sa flèche à la gorge, et la pointe traversa de part en part le cou délicat. Antinoos tomba à la renverse, et la coupe s’échappa de sa main, sous le coup ; aussitôt un flot épais sortit de sa narine : du sang humain ; un coup lancé par son pied repoussa brusquement la table loin de lui et les aliments se répandirent à terre : pain et viandes rôties, tout était gâché. 

Les prétendants sont pris de peur et menacent Ulysse.

Les regardant par en-dessous, Ulysse aux multiples ruses leur dit :

« Chiens ! Vous ne pensiez pas que je reviendrais du pays des Troyens. Et c’est pourquoi vous dévoriez ma maison, vous couchiez de force avec mes servantes, et moi vivant, vous courtisiez ma femme, sans redouter les dieux qui occupent le large Ciel, ni l’indignation des hommes à venir ! Maintenant, la mort fatale est au-dessus de vous tous ! »

Ainsi parla-t-il, et une peur verte s’empara de tous : chacun regardait de tous côtés, cherchant par où échapper au précipice de la mort. […]

Eurymaque5 tira son épée pointue en bronze, aiguisée des deux côtés, et se rua sur Ulysse en poussant un cri horrible ; mais le divin Ulysse prévint6 le coup et lança une flèche qui lui perça la poitrine près du sein ; le trait rapide s’enfonça dans le foie. L’épée tomba de sa main à terre, et tournoyant sur lui-même, il s’écroula sur une table, et les aliments se répandirent à terre, avec la coupe à deux anses ; il heurta du front le sol, le cœur tourmenté, et les coups lancés par ses deux pieds repoussèrent le fauteuil. L’obscurité se répandit sur ses yeux. […]

Alors Athéna, du haut du plafond, secoua l’égide7 tueuse d’hommes, et l’esprit des prétendants fut pris d’épouvante. Effrayés, ils se dispersèrent dans la salle comme un troupeau de bœufs que harcèle de ses assauts un taon au vol rapide, au printemps, quand les jours sont longs. […] C’est ainsi que les compagnons d’Ulysse se ruaient à travers la demeure sur les prétendants et frappaient dans tous les sens. Un horrible gémissement s’élevait des têtes fracassées ; et partout le sol bouillonnait de sang.

Plein de fureur, Ulysse veut poursuivre les survivants jusqu’à travers la ville et les massacrer jusqu’au dernier. Mais Athéna intervient pour lui ordonner de mettre fin à la violence et de rétablir la paix en Ithaque. Ulysse se plie aux volontés des dieux, fait la paix avec les seigneurs d’Ithaque et règne dans la joie aux côtés de Pénélope.

Item_239811.png Homère, L’Odyssée, chant XXII, trad. Sylvie Perceau © Nathan, 2006.

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